by Carmen Lobo

Archives de août, 2010

Un sens…


« L’être humain trouve son salut à travers et dans l’amour. »

Victor Frankl:  » Découvrir un sens à sa vie »

Photo: « Gloria Victis » : Gloire aux vaincus
Antonin Mercié (Toulouse, 1845 – Paris, 1916)
Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

La Gloire, ailée et cuirassée, emporte un jeune guerrier nu, mourant, le front ceint d’un bandage, un sabre brisé au poing. C’est là une image de la France défaite mais héroïque (guerre Franco-Prussienne de 1870)

© Carmen Lobo- All right reserved

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Un univers de formes


Premières impressions de Paris
«J’y découvrais la lumière, la couleur, la liberté, le soleil, la joie de vivre. C’est dès mon arrivée que j’ai enfin pu exprimer dans mon oeuvre la joie plutôt lunaire que j’avais parfois connue en Russie, celle de mes souvenirs d’enfance de Vitebsk. Je n’avais jamais voulu peindre comme les autres et je rêvais d’un art qui serait nouveau et différent. À Paris, j’eus enfin la vision de ce que voulais créer, l’intuition d’une nouvelle dimension psychique dans mon art. Non pas que ne me cherchais un moyen d’expression, dans un style essentiellement latin comme celui d’un Courbet. Non, ma peinture n’est pas un art de self-expression, ni un art littéraire, mais quelque chose de construit, un univers de formes.»

Edouard Roditi: «Entretiens avec Chagall», in Propos sur l’art, José Corti, 1987

Photo: Collège des  Bernardins Paris
Exposition  » Le pensateur et la Grâce: abstractions et spiritualité »  Jusqu’au 12 septembre 2010
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Ces jours à la lumière exacte et parfaite…




Parfois, en ces jours à la lumière exacte et parfaite,

En lesquels les choses ont toute la réalité qu’elles peuvent

avoir.

Je me demande à moi-même lentement

Pourquoi je vais moi aussi jusqu’à attribuer

De la beauté aux choses.

De la beauté, une fleur en aurait-elle par hasard ?

Un fruit aurait-il par hasard de la beauté ?

Que non: ils ont couleur et forme

Et existence, rien de plus.

La beauté est le nom de quelque chose qui n’existe pas.

Que je donne aux choses en échange du plaisir qu’elles me

donnent.

Elle ne signifie rien.

Alors pourquoi est-ce que je dis des choses: elles sont

belles ?

Eh oui, même en moi, qui ne vis que de vivre,

Invisibles, ils s’immiscent, les mensonges des hommes

Devant les choses,

Devant les choses qui tout simplement existent.

Qu’il est difficile d’être soi-même et de ne voir que le
visible !

FERNANDO  PESSOA:  » Oeuvres poètiques »

Photo: Siège du Parti Communiste Francais « PCF », situé place du Colonel-Fabien à Paris, réalisé par le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer.

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Dans les rues de la ville, il y a mon amour


Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour : chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus qui, au juste, l’aima.

Il cherche son pareil dans le voeu des regards.
L’espace qu’il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l’espoir, puis, léger, l’éconduit.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma liberté est son trésor !
Dans le grand méridien où s’inscrit son essor,
Ma solitude se creuse.

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour : chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus qui, au juste, l’aima
Et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas !

René Char: Allégeance
Allégeance est le titre de l’ultime poème de « La Fontaine narrative » qui constitue la dernière partie du « Recueil Fureur et mystère » de René Char.(1947)
Photo: Paris « La defense »
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Concerto


 

« …le plaisir du jazz se trouve dans la reconnaissance de la citation non comme un fragment mort du passé, non comme une occurrence indifférente mais comme un élément vivant de la nouvelle composition. Écouter du jazz c’est se souvenir du jazz écouté ; faire du jazz c’est présupposer la potentialité esthétique de ce souvenir.  »

Beatriz Sarlo: “Posbenjaminiana”

« Concerto ou Les Musiciennes » 1927
Musée Ossip Zadkine Paris
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Si les choses étaient différentes


Tu parles de civilisation, tu dis qu’elle ne devrait pas être, ou qu’elle devrait être différente. Tu dis que tous les hommes souffrent, ou la majorité, avec les choses humaines disposées de cette manière. Tu dis que si elles étaient différentes, ils souffriraient moins. Tu dis que si elles étaient selon tes voeux, cela vaudrait mieux. J’écoute et je ne t’entends pas. Pourquoi donc voudrais-je t’entendre ? Si je t’entendais je n’en serais pas plus avancé. Si les choses étaient différentes, elles seraient différentes, voilà tout. Si les choses étaient selon ton coeur, elles seraient selon ton coeur. Malheur à toi et à tous ceux qui passent leur existence à vouloir inventer la machine à faire du bonheur !

Fernando Pessoa – Tu parles de civilisation (Falas de civilização)
Poèmes désassemblés (Poemas Inconjuntos) – Traduction d’Armand Guibert
Photo: Paris « La Villette » Cité des Sciences
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Le vent l’emportera


« On croit que selon son désir on changera autour de soi les choses, on le croit parce que, hors de là, on ne voit aucune solution favorable. On ne pense pas à celle qui se produit le plus souvent et qui est favorable aussi: nous n’arrivons pas à changer les choses selon notre désir, mais peu à peu notre désir change. La situation que nous espérions changer parce qu’elle nous était insupportable, nous devient indifférente. Nous n’avons pas pu surmonter l’obstacle, comme nous le voulions absolument, mais la vie nous l’a fait contourner, dépasser, et c’est à peine alors si en nous retournant vers le lointain du passé nous pouvons l’apercevoir, tant il est devenu imperceptible. »

Marcel Proust:  « Albertine disparue »

Photo: Paris Plage 2010 au canal de l’Ourq ( bassin de la Villette)
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La beauté de ses mains…


« La beauté de ses mains, c’est ça, oui. Ses mains qui avancent avec la colline – devenue distincte, claire, aussi lumineuse q’un grâce d’enfant.

Je vous embrasse.

Je vous attends comme j’attends celui qui détruira cette grâce défaite, douce et encore chaude.

A toi donnée, entière, de tout mon corps, cette grâce. »


« C’est tout »: Marguerite Duras

Photo: Musée Auguste Rodin ( Paris) Pygmalion et Galatée 1908

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