by Carmen Lobo

Archives de novembre, 2010

Manuscrit


La vie ne serait-elle qu’un immense mensonge?

Ne serait-elle que l’ombre d’un rêve fuyant?

Ne serait-elle que l’écho des coups mystérieux frappés là-bas contre les rochers de la montagne dont personne paraît-il n’a vu le versant opposé.

(« Manuscrit »,  Archives de la Fondation Giorgio de Chirico.)

Photo: La Basilique du Sacré Coeur de Montmartre
2010 © Carmen Lobo – All right reserved
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Notre peur la plus profonde



Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur,

Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toutes limites.

C’est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraie le plus.

(…)

Et, au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière,
nous donnons inconsciemment aux autres
la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur,
notre puissance libère automatiquement les autres.

Marianne Williamson

« A Return to Love : Reflections on the Principles of A Course in Miracles » Edition de 1992, Harper Collins

Cité dans le discours prononcé par Nelson Mandela lors de son intronisation à la présidence de la République de l’Afrique du Sud, 1994

Photo: Les Champs Elysées. L’arc de Triomphe de nuit ( novembre 2010)

Vidéo: A Time For Love

2010 © Carmen Lobo


Dans la nuit il y a toi


DANS LA NUIT IL Y A TOI

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende
cachées dans les fourrés.
Il y a toi.
Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l’assassin
et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.
Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays où il fait jour.
Les derniers souffles du crépuscule et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.
Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Une horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a toi l’immolée, toi que j’attends.
Parfois d’étranges figures naissent à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux,
des floraisons phosphorescentes apparaissent et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
(…)
Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.
Mais qui, présente dans mes rêves, t’obstines à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.
Toi qui m’appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien que mes yeux clos aussi bien au rêve qu’à la réalité.
Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines, où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb,
Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit, il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer, des fleuves,
des forêts, des villes, des herbes, des poumons de millions et millions d’êtres.
Dans la nuit il y a les merveilles des mondes.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi.
Dans le jour aussi.

Robert Desnos
Les Espaces du sommeil
(À la mystérieuse, 1926)
Les poèmes de ce recueil s’adressent à Yvonne George, une chanteuse que Desnos aimait mais avec qui il n’a jamais eu de rapport intime.

Photo: Passerelle Simone-de-Beauvoir ( a été construite en 2006),  Paris 12éme
Image 2010 © Carmen Lobo

Qui est tu ?


Je te rencontre.
Je me souviens de toi.
Qui est tu ?
Tu me tues.
Tu me fais du bien.
Comment me serais je doutée que cette ville était faite à la taille de l´amour ?
Comment me serais je doutée que tu étais fait à la taille de mon corps même ?
Tu me plais. Quel événement. Tu me plais.
Quelle lenteur tout à coup.
Quelle douceur.
Tu ne peux pas savoir.
Tu me tues.
Tu me fais du bien.
Tu me tues.
Tu me fais du bien.
J´ai le temps.
Je t´en prie.
Dévore-moi.
Déforme-moi jusqu´a la laideur.
Pourquoi pas toi ?
Pourquoi pas toi dans cette ville et dans cette nuit pareille aux autres au point de s´y méprendre ?
Je t´en prie…

(…)

Je te rencontre.
Je me souviens de toi.
Cette ville était faite à la taille de l´amour.
Tu étais fait à la taille de mon corps même.
Qui est tu ?
Tu me tues.

Hiroshima Mon Amour
Marguerite Duras

Vidéo: Hiroshima Mon Amour

2010 © Carmen Lobo – All right reserved


Le pire des mensonges


« Vous connaissez les étangs de Woroïno; vous dites qu’ils ressemblent à de grands morceaux de ciel gris tombés sur la terre, et qui s’efforceraient de remonter en brouillard. Enfant, j’en avais peur. Je comprenais déjà que tout a son secret, et les étangs comme le reste, que la paix, comme le silence, n’est jamais qu’une surface, et que le pire des mensonges est le mensonge du calme. »

 

Marguerite Yourcenar: Alexis ou le Traité du Vain Combat
Photo: Le Parc de Bercy est un ensemble de trois jardins situés dans le 12e arrondissement de Paris
2010 © Carmen Lobo – All right reserved

Prenez le temps de rêver



Prenez le temps de chanter,

De rire, de vous amuser.

Tout l’monde sait bien qu’après tout la vie

Est souvent jolie

Quand on la prend du bon côté.

Prenez le temps de choisir

Les choses qui vous font plaisir.

N’attendez pas que les roses soient fanées.

Prenez le temps de rêver.

Une ritournelle vous donnera des ailes

(…)

Prenez le temps de chanter,

De vivre joyeux et d’aimer.

Tout l’monde sait bien

qu’après tout en France

Nous avons la chance

De pouvoir dire en vérité

Qu’il fait bon vivre à Paris

 

Charles Trenet « Prenez le temps de chanter »

Image 2010 © Carmen Lobo: Le nouveau carrousel de la Tour Eiffel situé entre le Trocadero et la Tour Eiffel.


Qui d’entre nous sait…


« Qui d’entre nous sait seulement ce qu’il pense, ou ce qu’il désire? Qui sait ce qu’il est pour lui-même? Combien de choses nous sont suggérées par la musique, et nous séduisent par cela même qu’elles ne peuvent exister!  La nuit évoque en nous le souvenir de tant de choses que nous pleurons, sans qu’elles aient jamais été!  Telle une voix s’élevant de cette paix de tout son long étendue, l’enroulement des vagues explose et refroidit, et l’on perçoit une salivation audible, là-bas sur le rivage invisible.”

Fernando Pessoa: “Le livre de l’intranquillité »

Photo:  à l’entrée de la rue de Richelieu, se trouve la fontaine Molière, en face de la Comédie Française est surmontée d’une Nymphe fluviale de Mathurin Moreau avec à la base, une ronde d’enfants, également en bronze de Charles Gauthier. ( en face côté rue Saint Honoré, nous trouvons aussi au sommet, une Nymphe marine de Carrier-Belleuse, un des précurseurs de l’Art nouveau avec à la base une ronde d’enfants de Louis Eudes.)



La nuit … Je prends des trains


(..)La nuit je mens
Je prends des trains
a travers la plaine
La nuit je mens
Je m’en lave les mains.

J’ai dans les bottes
des montagnes de questions
Ou subsiste encore ton écho
J’ai fait la saison
dans cette boite crânienne
Tes pensées, je les faisais miennes
T’accaparer, seulement t’accaparer
d’estrade en estrade
J’ai fait danser tant de malentendus
Des kilomètres de vie en rose
Un jour au cirque
Un autre a chercher a te plaire
dresseur de loulous
Dynamiteur d’aqueducs

La nuit je mens
Je prends des trains a travers la plaine
La nuit je mens
effrontément

Alain Bashung: La nuit je mens

Photo: La Bibliothèque nationale de France: François Mitterrand- Métro Linea 6 : Quai de la Gare
2010 © Carmen Lobo – All right reserved

équilibristes …




Toujours au bord.
Mais au bord de quoi?

Nous savons seulement que quelque chose tombe
de l’autre côté de ce bord
et qu’une fois parvenu à sa limite
il n’est plus possible de reculer.

Vertige devant un pressentiment
et devant un soupçon:
lorsqu’on arrive à ce bord
cela aussi qui fut auparavant
devient abîme.

Hypnotisés sur une arête
qui a perdu les surfaces
qui l’avaient formée
et resta en suspens dans l’air.

Acrobates sur un bord nu,
équilibristes sur le vide,
dans un cirque sans autre chapiteau que le ciel
et dont les spectateurs sont partis.

Roberto Juarroz – XIII – 79 – Poesie verticale

Images 2010 © Carmen Lobo:  » Bercy Village » Cour Saint Emilion
Un lundi vers 17h30
 

Lignes parallèles


 » Nous traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons-nous pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre. Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens. »

Milan Kundera: » Risibles amours »

Photo: Le manège de type carrousel 1900 installé à 150 m de la Tour Eiffel fait partie du décor depuis 1986
2010 © Carmen Lobo – All right reserved

Au cœur de mon amour


Comment prendre plaisir à tout ?
Plutôt tout effacer.
L’homme de tous les mouvements,
De tous les sacrifices et de toutes les conquêtes
Dort. Il dort, il dort, il dort.
Il raye de ses soupirs la nuit miniscule, invisible.

Il n’a ni froid, ni chaud.
Son prisonnier s’est évadé — pour dormir.
Il n’est pas mort, il dort.
Quand il s’est endormi
Tout l’étonnait,
Il jouait avec ardeur,
Il regardait,
Il entendait.
Sa dernière parole :
« Si c’était à recommencer, je te rencontrerais sans te chercher. »

Il dort, il dort, il dort.
L’aube a eu beau lever la tête,
Il dort.

Paul Éluard: « Au cœur de mon amour » dans Mourir de ne pas mourir

Photo: Le Pont de la Concorde – Paris
2010 © Carmen Lobo – All right reserved

Un élan vital qui tourne


« A la coquille correspond un concept si net, si sûr, si dur que, faute de pouvoir simplement la dessiner, le poète, réduit à en parler, est d’abord en déficit d’images. Il est arrêté dans son évasion vers les valeurs rêvées par la réalité géométrique des formes. Et les formes sont si nombreuses, souvent si nouvelles, que, dès l’examen positif du monde des coquilles, l’imagination est vaincue par la réalité.  […]

Naturellement le poète peut entendre cette catégorie esthétique de la vie. Le beau texte que Paul Valéry a écrit sous le titre Les Coquillages est tout lumineux d’esprit géométrique. Pour le poète : un cristal, une fleur, une coquille se détachent du désordre ordinaire de l’ensemble des choses sensibles. Ils nous sont des objets privilégiés, plus intelligibles à la vue, quoique plus mystérieux à la réflexion, que tous les autres que nous voyons indistinctement. Il semble que pour le poète, grand cartésien, la coquille soit une vérité de géométrie animale solidifiée, donc « claire et distincte. » L’objet réalisé est d’une haute intelligibilité. C’est la formation et non pas la forme qui reste mystérieuse. Mais sur le plan de forme à prendre, quelle décision de vie dans le choix initial qui est de savoir si la coquille sera enroulée à gauche ou enroulée à droite ? Que n’a-t-on pas dit sur ce tourbillon initial ! En fait, la vie commence moins en s’élançant qu’en tournant. Un élan vital qui tourne, quelle merveille insidieuse, quelle fine image de la vie !  »

Gaston Bachelard: La poétique de l’espace ( La coquille: Chapitre V)
Photo: Musée du Louvre- Novembre 2010


Milonga


La Croix du Sud me manque

lorsque la soif me fait lever la tête

pour boire ton vin noir de minuit.

Et me manquent les coins des rues où somnolent

les épicerieset où le parfum de l’herbe tremble dans

la peau de l’air.

 

Comprendre que cela est toujours là-bas

comme une poche où à chaque instant

la main cherche une monnaie le canif

le peigne

la main infatigable d’une mémoire obscure

qui recompte ses morts.

La Croix du Sud le maté amer.

Et la voix des amis

s’usant avec d’autres.


Lorsque j’écrivis ce poème, j’avais encore des amis dans ma terre ; après on les a tués ou ils se perdirent dans un silence bureaucratique ou jubilatoire, ils partirent silencieusement vivre au Canada ou en Suède, ou ils ont disparu et leurs noms sont à peine des noms de la liste interminable. Les deux derniers vers du poème sont affaiblis par le présent : je ne peux même plus imaginer les voix de ces amis parlant avec d’autres personnes. Pourvu que ce soit ainsi. Mais de quoi peuvent-ils parler, s’ils parlent ?

Julio Cortázar, « Avec tangos »: Crépuscule d’automne- Éditions José Corti 2010 ( Tata Cedrón chanta cette milonga, avec musique d’Edgardo Cantón.)

Photo: Le Palais-Royal –  Dans la cour d’honneur du palais l’artiste Daniel Buren a crée des colonnes de marbre noir et blanc et éclairées la nuit d’une lumière verte fluorescente


Mon automne à moi


« Puis l’automne arriva.  À ce moment-là, mon cœur avait trouvé l’apaisement. J’étais finalement parvenu à cette conclusion: il m’était impossible de continuer à vivre comme ça. »

Haruki Murakami:  » Au sud de la frontière à l’ouest du soleil » (1992)

Photo: Montmartre, Rue Saules
2010 © Carmen Lobo – All right reserved

Qui suis-je ?



« La beauté sera convulsive ou ne sera pas. »

André Breton: « Nadja » (1928) –  Gallimard, p. 753

« Hasard objectif », c’est la vieille croyance en la rencontre entre le désir humain et les forces mystérieuses qui agissent en vue de sa réalisation. Mais cette notion est dépourvue à ses yeux de tout fondement mystique. Il se base sur ses expériences personnelles de « synchronicités »

Photo: Stalingrad – Paris 10éme
© Carmen Lobo – All right reserved