by Carmen Lobo

Milonga

La Croix du Sud me manque

lorsque la soif me fait lever la tête

pour boire ton vin noir de minuit.

Et me manquent les coins des rues où somnolent

les épicerieset où le parfum de l’herbe tremble dans

la peau de l’air.

 

Comprendre que cela est toujours là-bas

comme une poche où à chaque instant

la main cherche une monnaie le canif

le peigne

la main infatigable d’une mémoire obscure

qui recompte ses morts.

La Croix du Sud le maté amer.

Et la voix des amis

s’usant avec d’autres.


Lorsque j’écrivis ce poème, j’avais encore des amis dans ma terre ; après on les a tués ou ils se perdirent dans un silence bureaucratique ou jubilatoire, ils partirent silencieusement vivre au Canada ou en Suède, ou ils ont disparu et leurs noms sont à peine des noms de la liste interminable. Les deux derniers vers du poème sont affaiblis par le présent : je ne peux même plus imaginer les voix de ces amis parlant avec d’autres personnes. Pourvu que ce soit ainsi. Mais de quoi peuvent-ils parler, s’ils parlent ?

Julio Cortázar, « Avec tangos »: Crépuscule d’automne- Éditions José Corti 2010 ( Tata Cedrón chanta cette milonga, avec musique d’Edgardo Cantón.)

Photo: Le Palais-Royal –  Dans la cour d’honneur du palais l’artiste Daniel Buren a crée des colonnes de marbre noir et blanc et éclairées la nuit d’une lumière verte fluorescente

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