by Carmen Lobo

Êcrire, c’est être avec soi


 « Je t’écris alors que je n’ai pas reçu de lettre de toi, en équilibre entre l’angoisse d’imaginer que, si je ne reçois rien, c’est parce que tu n’envoies rien (et pourquoi n’envoies-tu rien?) et la colère (injuste) devant la lenteur de l’acheminement du courrier en temps de guerre.

Je t’écris parce que c’est impossible de ne pas écrire, impossible de demeurer muet, impossible de ne pas tenter de te rejoindre par les mots, impossible de te chasser de mes pensées et quand ces pensées virent à l’obsession, l’écriture devient un exutoire, une thérapie.

Je t’écris parce que tes lettres mettent davantage de temps à me parvenir que je ne suis capable d’attendre avant de revenir vers toi et qu’ainsi, elles mesurent mon impatience, la montée inexorable de mon impatience.

Je t’écris parce que t’écrire, c’est être avec toi. C’est une tentative de rapprochement, vouée à l’échec si l’on considère qu’une lettre n’a jamais aboli une distance physique, mais peut-être aboutie quand on songe qu’au moment précis de l’écriture, je ne pense qu’à toi, à rien d’autre que cela qui est toi, je suis tout entier tourné vers toi. (…) »

Philippe Besson: » En l’absence des hommes »
 
Photo: un lundi de soleil Hippodrome de Vincennes
2011 @Carmen Lobo
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