by Carmen Lobo

La soif infinie …


Que peut une créature sinon,
entre créatures, aimer ?
aimer et oublier,
aimer et malaimer,
aimer, désaimer, aimer ?
aimer, et le regard fixe même, aimer ?

Que peut, demandé-je, l’être amoureux,
tout seul, en rotation universelle, sinon
tourner aussi, et aimer ?
aimer ce que la mer apporte à la plage,
ce qu’elle ensevelit, et ce qui, dans la brise marine,
est sel, ou besoin d’amour, ou simple tourment ?

Aimer solennellement les palmiers du désert,
ce qui est abandon ou attente adoratrice,
et aimer l’inhospitalier, l’âpre,
un vase sans fleur, un parterre de fer,
et la poitrine inerte, et la rue vue en rêve, et un oiseau
de proie.

Tel est notre destin : amour sans compter,
distribué parmi les choses perfides ou nulles,
donation illimitée à une complète ingratitude,
et dans la conque vide de l’amour la quête apeurée,
patiente, de plus en plus d’amour.

Aimer notre manque même d’amour, et dans notre sécheresse
aimer l’eau implicite, et le baiser tacite, et la soif infinie.

Carlos Drummond de Andrade (1902-1987)– Aimer (Amar, 1951) Claire énigme (Claro Enigma, 1951) – Traduction de Didier Lamaison
2011 @Carmen Lobo

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2 Réponses

  1. carlo

    Très beau texte, bouleversant et si intense. Grazie Carmen pour cette découverte et ce partage.

    3 février 2011 à 14 h 18 min

  2. Ciao Carlo! Grazie per visitarmi!^-*
    Carlos Drummond é un grande poeta ❤

    4 février 2011 à 0 h 14 min

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