by Carmen Lobo

L’archive


« Le désir de garder est aussi inséparable du désir de détruire. C’est que garder, c’est perdre.
Si pour garder la trace de ce qui se passe maintenant, je prends une note pour ne pas l’oublier, je l’inscris sur du papier, et je la mets dans ma poche. Si ça s’arrête là ça veut dire que je perds, que j’expose le papier à sa perte. Pour garder, il faut que j’expose à la perte. Cette exposition à la perte, c’est un geste double dont la dualité est irréductible. Vouloir garder en mémoire, c’est exposer à l’oubli. C’est ce que j’appelle « le mal d’archive ». Il y a la souffrance liée à l’archive et le désir d’archive. C’est le désir d’archive qui traverse cette expérience de la destructibilité radicale de l’archive. Si on était sûr que la destructibilité de l’archive était accidentelle, et que dans certains cas, il peut y avoir un accident mais que tout peut être gardé en principe, il n’y aurait ni besoin d’archive, ni souci d’archive. S’il y a un souci et une souffrance de l’archive, c’est parce qu’on sait que tout peut être détruit sans restes. Non seulement sans trace de ce qui a été, mais sans mémoire de la trace, sans le nom de la trace. Et c’est ce qui est à la fois la menace de l’archive et la chance de l’archive. L’archive doit être dehors, exposé au dehors. »

Jacques Derrida: « Archive et brouillon » dans Pourquoi la critique génétique?
Methodes, théories. Paris – CNRS-1998

Photo:  Marché aux Puces de Saint-Ouen – Porte de Clignancourt – Paris
2011 @Carmen Lobo
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