by Carmen Lobo

Transformation


J’ignore pourquoi j’ai fait un saut à travers la mer. Pourquoi j’ai quitté une langue pour me servir d’une autre ; pourquoi j’écris des poèmes brefs et de longues proses qui imitent la plaine ; pourquoi, lorsque je me suis traduite, j’ai commencé à traduire les autres. Partir d’un pays et d’une langue est un désir de transformation. Délivrée de tous les repères, je suis revenue à la vie par mon action. Je prends conscience de la transformation lorsque je retourne en Argentine. Mon point de vue n’est plus le même, et je m’entends dire : « Ici c’est comme ça. » L’histoire d’un pays avec son climat, sa nature, sa langue agit sur ses habitants. Inconsciemment, je me suis adaptée à la France et à ses mœurs et, que je le veuille ou non, j’ai changé.
(p. 192)

Silvia Baron Supervielle
Journal d’une saison sans mémoire
Gallimard, 2009

Silvia Baron Supervielle est une femme de lettres et traductrice née le 10 avril 1934 à Buenos Aires (Argentine). Elle habite à Paris depuis 1961. Elle a traduit en français de nombreux écrivains argentins : Borges, Silvina Ocampo, Alejandra Pizarnik, Roberto Juarroz, etc. Elle est également l’auteur de la traduction en espagnol de la poésie et du théâtre de Marguerite Yourcenar.
Photo: © Carmen Lobo – « Décomposition du vol d’une colombe » de Etienne- Jules Marey (1886 Bronze) – Musée du quai Branly

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