by Carmen Lobo

Archives de mai, 2011

Maria Kodama


 


« If you have feelings about reading, you feel the rhythm of prose or of a poem like music. It awakens something in your soul and then of course you study, read, you grow up and you begin to understand the message and that is the first step towards understanding life. »

Maria Kodama: épouse de Jorge Luis Borges ( 25 mai 2011 à l’ Ambassade de la République Argentine en France)
Photo: © Carmen Lobo

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L’appel, en vain



-Parfois encore, c’est l’été et il y a quelques promeneurs sur le boulevard. Le samedi soir surtout, parceque sans doute les gens ne savent que faire d’eux-mêmes dans cette ville.
-Sans doute, dit Chauvin. Surtout des hommes. De ce couloir, ou de votre jardin, ou de votre chambre, vous les regardez souvent.
Anne Desbaresdes se pencha et lui dit enfin.
-Je crois, en effet, que je les ai souvent regardés, soit du couloir, soit de ma chambre, lorsque certains soirs je ne sais quoi faire de moi.

« Moderato Cantabile » – Marguerite Duras
Photo: © Carmen Lobo – Pont de Sèvres – Paris


Il y a des instants



« Pour moi, c’était l’extase, de me préparer. Il y a des instants de la vie qui méritent d’être célébrés. Des instants de triomphe. C’est pour ça qu’on a inventé des beaux vêtements. »

La tache – PHILIP ROTH
(p.304) Gallimard (2002)
L’écrivain américain Philip Roth s’est vu décerner mercredi (18 mai 2011) le prestigieux Man Booker International Prize, qui distingue tous les deux ans un auteur pour l’ensemble de son oeuvre.

Photo: © Carmen Lobo – Cathédrale Saint-Bénigne de Dijon


Le corps mort du monde


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L’histoire de ma vie n’existe pas. ça n’existe pas. Il n’y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l’on fait croire qu’il y avait quelqu’un, ce n’est pas vrai il n’y avait personne.
Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait
qu’attendre devant la porte fermée.

Je me suis dit qu’on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps
mort de l’amour.

L’Amant. Marguerite Duras

Photo: © Carmen Lobo – Le sculpteur Anish Kapoor envahit le Grand Palais pour Monumenta 2011 avec “Leviathan”


Le Poème volé


 Elle avait écrit des poésies. Ce n’était pas la première fois. Elle en avait toujours écrit avant, toujours, mais après sa rencontre avec le Captain elle était restée plusieurs années sans le faire. Et puis voilà qu’elle avait recommencé.
ça avait duré un an. Elle avait écrit des poésies. Quinze. Quinze poésies….

Elle, elle disait au Captain qu’elle mettait dans ses poésies à la fois toute sa passion pour lui, le Captain, et tout le désespoir de chaque être vivant.

Le Captain, lui, croyait que ce n’était pas ce qu’elle disait mettre qu’elle mettait dans ses poèmes. Ce qu’elle y mettait en réalité, le Captain l’ignorait. Voilà dans quelle situation se trouvait le Captain face aux poèmes que sa femme écrivait.

Le Captain avait souffert. Une vraie damnation. Tout comme si elle l’eût trahi, qu’elle eût une autre vie parallèle à celle qu’il avait crue être la sienne, ici,… Une vie clandestine, cachée, incompréhensible, honteuse peut-être, plus douloureuse encore pour le Captain que si elle lui avait été infidèle avec son corps – ce corps ayant été avant ces poèmes la chose du monde qui l’aurait fait sans doute la supprimer si elle l’avait donné à un autre homme.

Emily L.- Marguerite Duras (page 78)

Photo: © Carmen Lobo – Musée d’ Orsay
Une ballade d’amour et de mort : la photographie préraphaélite. Cette exposition est organisée par la National Gallery of Art de Washington en collaboration avec le musée d’Orsay. 8 mars – 29 mai 2011


Laisse-moi fuir



Laisse-moi fuir,
Etre libre (Du vent pour mon arbre !
De l’eau pour ma fleur !)
Vivre de soi à soi
Et noyer les dieux en moi
Ou écraser leurs têtes vipérines sous mon pied.
Pas d’espace, dis-tu, pas d’espace,
Mais tu ne m’y incluras pas
Même si ta cage est robuste.
Ma force sapera ta force ;
Je déchirerai l’obscur nuage
Pour voir moi-même le soleil
Pâle et déclinant, pousse atroce.

Dylan Thomas: Laisse-moi fuir (Let me Escape)
Photo © Carmen Lobo – Dalida dans son quartier à Paris: Montmartre


Le Bonheur




Le bonheur est fragile. Tu n’es pas funambule et tu avances pas à pas.
Tu ne sais rien des jours, tu glisses sur un fil, au loin tu ne vois pas.

Si tu regardes en bas c’est le vertige, ne regarde pas.
En bas tous les oiseaux se glacent et tous les hommes se protègent.

Tu marches un peu plus haut, mais le bonheur est difficile.
Tu risques à chaque pas, tu avances docile. A chaque risque le bonheur est là.
Tu avances vers toi ; le bout du fil n’existe pas.

Philippe Delerm – Extrait de « Le Bonheur »
Photo © Carmen Lobo – Place St Pierre Montmartre