by Carmen Lobo

Le Poème volé

 Elle avait écrit des poésies. Ce n’était pas la première fois. Elle en avait toujours écrit avant, toujours, mais après sa rencontre avec le Captain elle était restée plusieurs années sans le faire. Et puis voilà qu’elle avait recommencé.
ça avait duré un an. Elle avait écrit des poésies. Quinze. Quinze poésies….

Elle, elle disait au Captain qu’elle mettait dans ses poésies à la fois toute sa passion pour lui, le Captain, et tout le désespoir de chaque être vivant.

Le Captain, lui, croyait que ce n’était pas ce qu’elle disait mettre qu’elle mettait dans ses poèmes. Ce qu’elle y mettait en réalité, le Captain l’ignorait. Voilà dans quelle situation se trouvait le Captain face aux poèmes que sa femme écrivait.

Le Captain avait souffert. Une vraie damnation. Tout comme si elle l’eût trahi, qu’elle eût une autre vie parallèle à celle qu’il avait crue être la sienne, ici,… Une vie clandestine, cachée, incompréhensible, honteuse peut-être, plus douloureuse encore pour le Captain que si elle lui avait été infidèle avec son corps – ce corps ayant été avant ces poèmes la chose du monde qui l’aurait fait sans doute la supprimer si elle l’avait donné à un autre homme.

Emily L.- Marguerite Duras (page 78)

Photo: © Carmen Lobo – Musée d’ Orsay
Une ballade d’amour et de mort : la photographie préraphaélite. Cette exposition est organisée par la National Gallery of Art de Washington en collaboration avec le musée d’Orsay. 8 mars – 29 mai 2011

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