by Carmen Lobo

Archives de avril, 2012

Un monde meilleur…




Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde.

Jean Lefèvre
Photo: Paris – La Concorde

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Perdue




Il y a que je suis au bord du gouffre.
Au bord de tomber dans le cratère amoureux.
Il y a que demain, au plus tard après demain, je serai fou de lui.
Et perdu.

Gilles Leroy: Dormir avec ceux qu’on aime
Photo Paris – Canal de l’Ourcq –


Je verrai




« Je verrai l’hirondelle raser l’herbe. Je me jetterai au bord de la rivière et je regarderai le poisson plonger et reparaître dans les roseaux. J’aurai les paumes des mains marquées par les aiguilles de pin. Je déferai, j’ôterai ce qui s’est formé ; la dureté d’ici. Car quelque chose a grandi en moi, au fil des hivers et des étés, sur les escaliers, dans les chambres. Je ne veux pas être admirée comme Jinny. Quand j’arrive, je ne veux pas que les gens lèvent les yeux avec admiration. Je veux donner, qu’on me donne, je veux la solitude, et découvrir ce que j’ai. »

Virginie Woolf – Les vagues
Photo: Paris – Canal de l’Ourcq


Nostalgie




La pensée d’un homme est avant tout sa nostalgie. …
Albert Camus

Photo: Montmartre – Restaurant Moulin de la Galette (1622)


Je reviendrai




 » Je reviendrai par les sentiers frissonnants sous les voûtes des feuilles de noisetiers. Je passerai devant une vieille femme qui pousse un landau rempli de petit bois ; et devant le berger. Nous ne nous dirons rien. Je reviendrai par le jardin de la cuisine, et je verrai les feuilles de choux recourbées perlées de rosée, et la maison dans le jardin aux fenêtres aveuglées de rideaux. Je monterai jusqu’à ma chambre, et je prendrai mes affaires, enfermées avec soin dans l’armoire : mes coquillages ; mes œufs ; mes herbes rares. Je nourrirai mes colombes et mon écureuil. J’irai au chenil peigner mon épagneul. Et peu à peu, j’arriverai à la chose qui a grandi en moi. Mais la cloche sonne ; on passe son temps à traîner les pieds.  »

Virginie Woolf – Les Vagues
Photo: Château de Versailles


Lire. Aimer. Penser.




Lire. Aimer. Penser. Le plaisir de lire comme celui d’aimer viennent de l’expérience de la rencontre avec la pensée d’un autre hors de toute rivalité, et hors de tout dessein qui subordonnerait le fonctionnement de l’esprit. On partage la saisie de l’autre.

Pascal Quignard:  » Vie secrète »

Photo: Palais de Tokyo – La Triennale 2012 (pré-ouverture)
© Carmen Lobo


L’oeil moderne




« Le roman n’examine pas la réalité mais l’existence. Et l’existence n’est pas ce qui s’est passé, l’existence est le champ des possibilités humaines, tout ce que l’homme peut devenir, tout ce dont il est capable. » [p. 57]

Milan KUNDERA – L’art du roman
Photo: « Edvard Munch, l’oeil moderne » exposition au Centre Pompidou à Paris du 21 septembre 2011 au 27 janvier 2012
« Les travailleurs sortant d’usine » 1913
© Carmen Lobo


Deux amis




En certains jours, ils ne parlaient pas. Quelquefois ils causaient; mais ils s’entendaient admirablement sans rien dire, ayant des goûts semblables et des sensations identiques.

Au printemps, le matin, vers dix heures, quand le soleil rajeuni faisait flotter sur le fleuve tranquille cette petite buée qui coule avec l’eau, et versait dans le dos des deux enragés pêcheurs une bonne chaleur de saison nouvelle, Morissot parfois disait à son voisin: « Hein! quelle douceur! » et M. Sauvage répondait: « Je ne connais rien de meilleur. » Et cela leur suffisait pour se comprendre et s’estimer.

Guy de MAUPASSANT, Deux amis
Photo Montmartre at noon (april)