by Carmen Lobo

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Je verrai




« Je verrai l’hirondelle raser l’herbe. Je me jetterai au bord de la rivière et je regarderai le poisson plonger et reparaître dans les roseaux. J’aurai les paumes des mains marquées par les aiguilles de pin. Je déferai, j’ôterai ce qui s’est formé ; la dureté d’ici. Car quelque chose a grandi en moi, au fil des hivers et des étés, sur les escaliers, dans les chambres. Je ne veux pas être admirée comme Jinny. Quand j’arrive, je ne veux pas que les gens lèvent les yeux avec admiration. Je veux donner, qu’on me donne, je veux la solitude, et découvrir ce que j’ai. »

Virginie Woolf – Les vagues
Photo: Paris – Canal de l’Ourcq

Nostalgie




La pensée d’un homme est avant tout sa nostalgie. …
Albert Camus

Photo: Montmartre – Restaurant Moulin de la Galette (1622)

Je reviendrai




 » Je reviendrai par les sentiers frissonnants sous les voûtes des feuilles de noisetiers. Je passerai devant une vieille femme qui pousse un landau rempli de petit bois ; et devant le berger. Nous ne nous dirons rien. Je reviendrai par le jardin de la cuisine, et je verrai les feuilles de choux recourbées perlées de rosée, et la maison dans le jardin aux fenêtres aveuglées de rideaux. Je monterai jusqu’à ma chambre, et je prendrai mes affaires, enfermées avec soin dans l’armoire : mes coquillages ; mes œufs ; mes herbes rares. Je nourrirai mes colombes et mon écureuil. J’irai au chenil peigner mon épagneul. Et peu à peu, j’arriverai à la chose qui a grandi en moi. Mais la cloche sonne ; on passe son temps à traîner les pieds.  »

Virginie Woolf – Les Vagues
Photo: Château de Versailles

Lire. Aimer. Penser.




Lire. Aimer. Penser. Le plaisir de lire comme celui d’aimer viennent de l’expérience de la rencontre avec la pensée d’un autre hors de toute rivalité, et hors de tout dessein qui subordonnerait le fonctionnement de l’esprit. On partage la saisie de l’autre.

Pascal Quignard:  » Vie secrète »

Photo: Palais de Tokyo – La Triennale 2012 (pré-ouverture)
© Carmen Lobo

L’oeil moderne




« Le roman n’examine pas la réalité mais l’existence. Et l’existence n’est pas ce qui s’est passé, l’existence est le champ des possibilités humaines, tout ce que l’homme peut devenir, tout ce dont il est capable. » [p. 57]

Milan KUNDERA – L’art du roman
Photo: « Edvard Munch, l’oeil moderne » exposition au Centre Pompidou à Paris du 21 septembre 2011 au 27 janvier 2012
« Les travailleurs sortant d’usine » 1913
© Carmen Lobo

Deux amis




En certains jours, ils ne parlaient pas. Quelquefois ils causaient; mais ils s’entendaient admirablement sans rien dire, ayant des goûts semblables et des sensations identiques.

Au printemps, le matin, vers dix heures, quand le soleil rajeuni faisait flotter sur le fleuve tranquille cette petite buée qui coule avec l’eau, et versait dans le dos des deux enragés pêcheurs une bonne chaleur de saison nouvelle, Morissot parfois disait à son voisin: « Hein! quelle douceur! » et M. Sauvage répondait: « Je ne connais rien de meilleur. » Et cela leur suffisait pour se comprendre et s’estimer.

Guy de MAUPASSANT, Deux amis
Photo Montmartre at noon (april)

Un peu d’éternité




« Moi, j’ai compris très tôt qu’une vie, ça passe en un rien de temps,
en regardant les adultes autour de moi, si pressés, si stressés par l’échéance,
si avides de maintenant pour ne pas penser à demain… Mais si on redoute le lendemain,
c’est parce qu’on ne sait pas construire le présent, on se raconte qu’on le pourra demain
et c’est fichu parce que demain finit toujours par devenir aujourd’hui, vous voyez?
Donc, il ne faut surtout pas oublier tout ça. Il faut vivre avec cette certitude
que nous vieillirons et que ce ne sera pas beau, pas bon, pas gai. Et se dire que
c’est maintenant qui importe: construire maintenant, quelque chose, à tout prix,
de toutes ses forces. Gravir pas à pas son Everest à soi et le faire
de telle sorte que chaque pas soit un peu d’éternité. Le futur, ça sert à ça: à
construire le présent avec de vrais projets de vivants. »

L’élégance du hérisson, Muriel Barbery
Salon du livre 2012 (16-19 mars)

Mémoire




« Qu’est-ce d’ailleurs encore que la mémoire (ou plus simplement: le passé) sinon un vaste système de rencontres? »

Jean-Pierre Richard: Proust et le monde sensible – Paris, Seuil – 1974

© Carmen Lobo – (avec Androide) -Paris 7éme

Rendez-vous




« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous »

Paul Eluard

© Carmen Lobo

The Book of Image




“I’m like one who’s traveled foreign oceans
among these so eternally at home;
the full days stand rote at their tables:
for me the distant roils with dreams.

Deep inside my face a world reaches,
maybe uninhabited like the moon;
but they leave no feeling unexplored,
and all their words are taken.”

Rainer Maria Rilke,  from “The Solitary”,  in The Book of Image

© Carmen Lobo – Centre Pompidou view


« Run Carmen Run » 🙂
Thank You Doña Dulcinea!

Sur la nuit



« Sur l’amour on avait écrit
Sortie de secours interdite en cas d’incendie
Sur le ciel on avait écrit
Vous vous trompez ce n’est pas ici
Et sur la nuit on avait écrit
On n’avait rien écrit sur la nuit. »

« Sur la nuit » Louis Aragon – Le mouvement pérpetuel

Joyeux Nöel


Angel



We, unaccustomed to courage
exiles from delight
live coiled in shells of loneliness
until love leaves its high holy temple
and comes into our sight
to liberate us into life.

Love arrives
and in its train come ecstasies
old memories of pleasure
ancient histories of pain.
Yet if we are bold,
love strikes away the chains of fear
from our souls.

We are weaned from our timidity
In the flush of love’s light
we dare be brave
And suddenly we see
that love costs all we are
and will ever be.
Yet it is only love
which sets us free.

Maya Angelou: Touched by an Angel
Photo: © Carmen Lobo – Pont des Arts – Paris

Miracles



Why, who makes much of a miracle?
As to me I know of nothing else but miracles,
Whether I walk the streets of Manhattan,
Or dart my sight over the roofs of houses toward the sky,
Or wade with naked feet along the beach just in the edge
of the water, 
Or stand under trees in the woods,
Or talk by day with anyone I love, or sleep in the bed
at night with anyone I love,
Or sit at the table at dinner with the rest,
Or look at strangers opposite me riding in the car,
Or watch honeybees busy around the hive
of a summer forenoon, 
Or animals feeding in the fields,
Or birds, or the wonderfulness of insects in the air,
Or the wonderfulness of the sundown, or of stars shining
so quiet and bright,
Or the exquisite delicate thin curve of the new moon
in spring;
These with the rest, one and all, are to me miracles,
The whole referring, yet each distinct and in its place.
To me every hour of the light and dark is a miracle,
Every cubic inch of space is a miracle,
Every square yard of the surface of the earth is spread
with the same,
Every foot of the interior swarms with the same.
To me the sea is a continual miracle,
The fishes that swim-the rocks-the motion of the waves
-the ships with men in them,
What stranger miracles are there?

Miracles - Walt Whitman


Photo: © Carmen Lobo – Jardins des Tuileries –

Décrire ma vie



«Ma photographie est vraiment un journal intime visuel (…). C’est un outil, pour donner une expression à ma vie, pour décrire ma vie, tout comme des poètes ou des écrivains décrivent les expériences qu’ils ont vécues. C’était une façon de projeter les choses que j’avais trouvées.»


André Kertész

No Exit




“Ha! To forget. How childish! I feel you in my bones. Your silence screams in my ears. You may nail your mouth shut, you may cut out your tongue, can you keep yourself from existing? Will you stop your thoughts?”

Jean-Paul Sartre: No Exit (Huis-clos)

Evening in Paris


« Ce que l’intelligence nous rend sous le nom de passé n’est pas lui. En réalité, comme il arrive pour les âmes des trépassés dans certaines légendes populaires, chaque heure de notre vie, aussitôt morte, s’incarne et se cache en quelque objet matériel. Elle y reste captive, à jamais captive, à moins que nous ne rencontrions l’objet. À travers lui nous la reconnaissons, nous l’appelons, et elle est délivrée. L’objet où elle se cache, ou la sensation, puisque tout objet par rapport à nous est sensation, nous pouvons très bien ne le rencontrer jamais. »

Marcel Proust: Contre Sainte- Beuve

Photo: © Carmen Lobo  – Centre Pompidou –

Là où se pressent


Là où se pressent des maisons courbées

Là où monte le chemin du cimetière
Là où coule un fleuve élargi
Là j’ai rêvé ma vie.

La nuit, il vole un ange dans le ciel
Un éclair blanc sur les toits
Il me prédit une longue, longue route
Il lancera mon nom au-dessus des maisons.

Mon peuple, c’est pour toi que j’ai chanté
Qui sait si ce chant te plaît
Une voix sort de mes poumons
Toute chagrin et fatigue
C’est d’après toi que je peins

Fleurs, forêts, gens et maisons
Comme un barbare je colore ta face
Nuit et jour je te bénis.

MARC CHAGALL – Là où se pressent
Photo: © Carmen Lobo – Paris 8éme – Rue Royale, Vitrines du Magasin Bernardaud et sa collection Marc Chagall

La danse de la vie



« La danse est le plus sublime, le plus émouvant, le plus beau de tous les arts, parce qu’elle n’est pas une simple traduction ou abstraction de la vie ; c’est la vie elle-même. »

Henry Havelock Ellis – Extrait de « La danse de la vie »
Photo: © Carmen Lobo – Paris Plage 2011 – Bals croisés de la baronne